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Smaïl Lalmas, « il faudrait faire un diagnostic sectoriel »

Smaïl Lalmas est un économiste est expert/formateur dans le domaine de l’export, il est président de l’association Algérie Conseil Export, qui est composée d’experts et de formateurs dans les métiers de l’export pour accompagner nos entreprises à l’international, il a bien voulu répondre à nos questions concernant le déficit en PME que connait l’Algérie actuellement. En effet, selon les derniers chiffres, le nombre de PME en Algérie est loin des standards internationaux.

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Propos recueillis par  BilelBoudj

Selon les derniers chiffres de la direction de la PME auprès du ministère de l’industrie, il y a 1,2 millions de PME, soit 20PME/1000 habitants, en quoi ce taux est-il insuffisant ?

Il faudrait définir ce qu’est une PME. Généralement, elle est définie selon la taille, le nombre du personnel etc… mais très souvent, la description des PME chez nous n’est pas celle qui est définie au niveau universel, sachant au passage, que notre tissu d’entreprises est plutôt constitué de TPE (très petite entreprise), ce chiffre d’1,2 millions de PME est à mon avis, exagéré. Il faudrait voir et définir ce qu’est la PME chez nos amis du ministère de l’industrie, et voir vraiment la consistance de cette information. Nous connaissons le déficit en information et l’absence de statistiques réelles, Il n’y a pas de mécanismes de recensement sérieux qui nous permettent éventuellement d’avoir une base informationnelle réelle sur laquelle nous pourrions baser notre approche.

Toujours selon la direction des PME, pour atteindre les standards internationaux, il faudrait créer 1,5 millions supplémentaires d’entreprises, est-ce envisageable ?

En général, ce sont les PME qui génèrent de la croissance, créent des emplois, se développent plus rapidement et sont plus novatrices. Mais par-dessus tout, elles sont nettement moins complexes et plus souples que les grandes entreprises.

Cela dit, pour revenir à votre question, Il faut juste faire un calcul cohérent en se posant la question qui consiste à savoir combien de temps nous avons mis pour construire le tissu d’entreprises actuel,   et de combien de temps nous faut il, et avec le climat des affaires actuel,  pour arriver au chiffre que vous avez avancé. Je pense que ce challenge est très difficile à atteindre, il faut savoir que les investisseurs fuient le marché algérien, qu’ils soient locaux ou étrangers, pour être bien clair, le climat des affaires, les mécanismes d’incitation et d’encouragement à l’investissement ne sont pas élaborés pour encourager ce genre de challenge. Je pense que l’on est très loin de cet objectif.

Qu’est-ce qui fait fuir les investisseurs ?

La première des choses à mon avis à bien expliquer, c’est de savoir de quoi seront composées ce million et demi de PME, dans quels secteurs d’activités etc… on ne peut pas développer un tissu de PME/PMI en Algérie ou dans n’importe quel pays s’il n’y a pas, à la base, un plan de développement économique bien clair. Chez nous, nous n’avons pas de stratégie économique qui pourrait éventuellement encourager à l’investissement et  aussi de définir nos besoins pour orienter nos investissements, et déterminer quel investissement étranger nous avons besoin pour notre développement,  quelles sont les orientations et vers quel secteur nous devons aller.

Parler  de diversification économique, revient à choisir les secteurs  à développer, la diversification doit être ciblée. Nous ne pouvons pas développer tous les secteurs en même temps, de toute façon, nous n’avons pas les moyens de le faire, donc il faut  aller vers des secteurs bien ciblés, qui disposent d’offres bien abondantes, et qui pourrait nous donner un avantage compétitif par rapport aux autres concurrents. Cette diversification ciblée, va nous permettre de mettre en place  donc  une stratégie bien élaborée, qui pourrait inciter les opérateurs à investir et faire  converger  tous nos efforts dans la même direction.

10% des PME activent dans l’industrie, pendant que la majorité est dans le service et le BTPH, c’est un point de déséquilibre…

C’est clair, j’ai assisté récemment à une conférence sur la  sous-traitance par exemple, les chiffres avancés qui concernaient le domaine industriel étaient très faible. Là on parle de 10%, c’est peut-être la réalité, mais la part de l’investissement dans le domaine industriel est très faible et minime par rapport à l’investissement dans les services, le commerce etc… là il faudrait justement déjà se demander pourquoi  ce taux très négligeable, avec  un recul  important par rapport aux années précédentes. il faudrait savoir pourquoi on est arrivé à ce niveau très faible d’investissement dans le domaine industriel et quels sont les problèmes derrière ce déficit, et quelles sont les solutions à développer et à mettre en place pour justement relancer la machine industrielle ou relancer l’investissement dans le domaine industriel.

A titre de rappel,  les orientations ces dernières années vont vers l’industrie automobile si je ne cite que cela, donc là si on se réfère à ce plan gouvernemental, on se rend compte qu’il y a une intention d’investir par exemple dans le domaine automobile sans avoir pensé à développer l’axe de la sous-traitance, or ça va de pair normalement. La sous-traitance devrait alimenter ce domaine de l’automobile. Cela dit, il y a beaucoup de points noirs qui freinent l’investissement, qu’il soit national ou étranger, on peut en citer plein vu que ce sont les mêmes points noirs qui reviennent depuis 30 ou 40 ans, à savoir le foncier industriel, la bureaucratie, l’administration qui ne suit pas ce développement, on peut aussi  parler des problèmes de banques, de la souplesse dans les réglementations, du système fiscal et douanier, l’absence de vision, l’histoire du 51/49 pour la partie étrangère.

Il n’y a qu’à se référer au classement Doing Business qui classe l’Algérie parmi les derniers en matière d’incitation à l’investissement, et de climat des affaires, pour comprendre  et avoir une idée sur les retards engendrés dans ce domaine, sachant que ce classement,   est un paramètre  essentiel pour les étrangers pour décider d’aller ou ne pas aller sur un pays, en même temps, c’est un paramètre que  nous négligeons.

Selon vous, dans quels domaines les futurs PME créées doivent activer ?

L’Algérie est un marché vierge, nous importons 70 à 80% de nos besoins. Ce qui montre qu’il y a une marge de manœuvre, mais, pour vous répondre,  il faudrait faire un diagnostic sectoriel pour définir les points faibles et les points forts et les besoins de chaque secteur, à partir de là, on aura une meilleure visibilité sur les besoin réels de notre économie, c’est ce qui va orienter les choix d’investissements de nos PME. C’est un travail d’intelligencia qui passe par un diagnostic en profondeur. Sans diagnostic réel, on ne pourra pas avoir les informations réelles et on ne pourra pas avoir de statistiques réelles, à partir de là, si nous n’avons pas ces éléments, on ne pourra pas mettre en place une stratégie de développement réelle, basée  sur des informations justes et crédibles,  pour développement de notre tissu de la PME/PMI.

 

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